La situation des cadres français : apogée ou Roche tarpéienne ?

By Ad'Missions Bretagne et Normandie

La Tribune organise un débat entre experts sur le thème : sommes-nous revenus à « l’âge d’or » des cadres ? Laurent Choain, directeur des ressources humaines du groupe Caisses d’Épargne, répond par l’affirmative. Le choc démographique créée un appel d’air qui assure encore plusieurs trimestres de bonne santé pour le marché de l’emploi des cadres. L’effet de remplacement est encore renforcé par les nouvelles stratégies mises en place par les directions d’entreprises. L’internationalisation ou la conquête de nouveaux marchés les poussent à rechercher des cadres dotés de nouveaux talents, distincts de ceux de leurs prédécesseurs. Et pour les trouver, les entreprises ont élargi leurs critères de recrutement et se tournent vers de nouveaux profils. Les recruteurs savent que la qualité des cadres réside moins dans leurs connaissances techniques qu’auparavant. Ils insufflent du coup une nouvelle fluidité sur le marché de l’emploi des cadres, qui en devient plus efficace. Ces derniers changent plus souvent de postes, et avec 4 ou cinq expériences professionnelles différentes (contre 2 ou trois pour leurs aînés), ils sont plus polyvalents et plus performants. Choc démographique et mobilité accrue ont eu un effet induit qui vient boucler le cercle vertueux de l’emploi des cadres : les salaires ont été tirés vers le haut. Laurent Choain souligne que dans la banque, les salaires ont quasiment été doublés en dix ans. Telle n’est pas l’opinion de François Dupuy, sociologue et auteur de La Fatigue des élites. Il dresse un tableau bien plus sombre de la situation des cadres dans la société française : « une catégorie socioprofessionnelle qui, en trente ans, a vu sa situation relative se dégrader fortement ». Le contrat moral passé entre les cadres et leurs directions durant les Trente Glorieuses a volé en éclat. Aujourd’hui, la mondialisation et l’organisation hiérarchique qui en découle les transforment en « chefs de projets transversaux » qui disposent d’une bien moindre autonomie que par le passé. Ils doivent de surcroît subir la pression croissante des reportings réguliers et de l’examen sourcilleux de leurs résultats. Et les « fantastiques gains de productivité » dont ils furent à l’origine n’ont guère été récompensés. Leur salaire représentait 5 fois celui d’un ouvrier en 1975, contre seulement 2,2 fois aujourd’hui. Il en résulte un désengagement profond des cadres français. Les plus anciens n’aspirent plus qu’à atteindre la retraite quand les plus jeunes cherchent à se réaliser ailleurs qu’au travail, une tendance encore renforcée par l’arrivée des 35 heures. Si la situation de l’emploi s’est améliorée, les cadres ne sont pas sortis de ces travers, et la faible prise de conscience au sein des entreprises ne laisse pas présager une solution rapide.

(La Tribune, p40, 19/02/2008) issu du site issu du site www.cadremploi.fr

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