Le panel recrutement 2008 de Challenges présente 394 000 emplois à pourvoir cette année en France, dont 73 000 postes de cadres. Les tensions sur le marché de l’emploi des cadres sont devenues telles que certaines entreprises sont contraintes à innover radicalement dans leurs méthodes de recrutement. Ainsi, Sogeti, filiale de Capgemini, a signé une convention avec l’école Polytech Grenoble s’engageant à embaucher les 120 ingénieurs qui sortiront de la promotion 2010. Le dynamisme des SSII (Unilog, Sopra, Steria, etc., dont chacune entend accueillir 1 400 à 1 800 nouveaux cadres) permet à la fédération Syntec d’emporter la palme des recrutements de cadres en 2008, avec 45 000 postes à pourvoir. Hormis l’informatique, les secteurs du BTP (1 500 chez Bouygues Construction et 2 000 chez Vinci) et de la banque (3 800 cadres espérés à la Société Générale) sont également fortement demandeurs de cadres. Mais au-delà de ces branches pour lesquelles le marché est très tendu, c’est l’ensemble de la fonction cadre qui profite de l’embellie grâce au retour du management de proximité. Les cadres intermédiaires sont revenus au premier plan et les entreprises les plébiscitent, à l’image de Carrefour qui recherche un millier de cadres pour ses supermarchés. Autre conséquence de la reprise de l’emploi des cadres, les DRH adoptent une attitude plus ouverte que dans le passé, en se tournant vers les jeunes et vers des écoles ou universités, peut-être moins cotées que les Grandes écoles classiques, mais présentant d’autres qualités. En lançant l’opération Phénix en 2007, sept grandes entreprises se sont engagées à favoriser l’embauche des étudiants issus des filières littéraires ou des sciences sociales. Les cadres confirmés sont également pistés et les recruteurs recherchent désormais des talents provenant d’autres secteurs d’activité que le leur. Même les cadres séniors semblent revenus en grâce : l’Apec estime que 60 % des cadres de 50-54 ans qui avaient perdu leur emploi en avril 2006 en ont retrouvé un avant avril 2007. Dans ce contexte les entreprises rivalisent d’imagination et d’originalité pour séduire les denrées rares : recrutements sur Second Life, utilisation de spots publicitaires (McDonald) opérations d’envergure (comme les rencontres Emploi de la Société Générale au Stade de France), ou encore l’utilisation poussée d’Internet. La cooptation revient également sur le devant de la scène avec, par exemple, Cisco qui a embauché 80 cadres sur cent recrutements par ce biais, avec à la clef des primes ou des voyages offerts aux salariés qui cooptaient l’une de leurs connaissances. En 2007, les entreprises ont respecté à 78 % leurs projets d’embauches, et 65 % d’entre elles sont même allées au-delà. La Poste a ainsi embauché 750 cadres de plus que prévu, Accenture 324 et Capgemini 200. La Société Générale a dû revoir en cours d’année sa politique d’emploi avec 1 500 postes supplémentaires, dont 1 000 cadres. L’énergie n’est pas en reste, avec 600 embauches de plus chez Areva, dont 400 cadres. 22 % des entreprises, notamment dans le conseil et l’informatique, n’ont cependant pas atteint leurs objectifs de recrutements, avec 660 cadres de moins chez Alter, 300 chez Altran ou 160 chez Teamlog. (Challenges, p56-68, David Bensoussan, 03/01/2008)